Et Après?


Mes traitements sont terminés, mes cheveux ont repoussé ainsi que mes poils (je m’en serais bien passé...). J’ai repris le boulot à mi-temps thérapeutique pour 3 mois ce qui est une bonne chose car la fatigue bien que moins forte est toujours présente et j’ai beaucoup de reéducation, rendez-vous de contrôle/suivi.

Le bilan d’extension d’après traitements s’est bien passé et tout semble être rentré dans l’ordre. Pourtant, je n’arrive pas à être serein, je reste assez angoissé car je sais que cette saloperie reste tapie dans l’ombre prête à en découdre de nouveau dès que l’occasion se présentera.

L’après traitements est une période très difficile à traverser. On se retrouve comme «abandonné». Avant, il y avait tout ce monde autour de moi (soignants, médecins...) ce qui était assez rassurant. Après, on se retrouve avec soi-même dans l’angoisse et sans réponses aux mille questions que l’on peut se poser car personne ne peut vous répondre. Par ailleurs, on se sent incompris voire en décalage avec ses proches sauf ceux avec lesquels on a vécu la maladie de près (ma femme et ma mère).

On me demande du jour au lendemain de reprendre une vie «normale», un quotidien comme si il ne s’était rien passé. Pourtant pendant un an, il s’en est passé des choses, des épreuves. Par ailleurs, j’en ressors plutôt meurtri, voire mutilé (un oeil en moins et une jambe faible voire boiteuse qui ne sera plus jamais comme avant à 30 ans. Les souffrances et le stress font également qu’on en ressort comme vieilli et désabusé.

Et puis, tout le monde me sort la même réflexion toute faite : «alors, tu es content de reprendre le boulot!». Content? Je serais content qu’on me dise «tu es guéri», tu n’auras plus jamais à aller subir des traitements et autres souffrances. Mais ça, personne ne s’ose à le dire. On ose à peine me dire que je suis en rémission, alors reprendre une vie normale et être content de reprendre le boulot.... Peut-être, dans le sens ou ça donne des repères dans la continuité mais mes nouvelles priorités ont évolué ailleurs.

Beaucoup de personnes vivent dans l'insouciance de leur petit train train quotidien croyant qu’elles vont à l’essentiel et qu’elles ont choisi les bonnes priorités. Moi, le Cancer m’a enlevé cette insouciance. Maintenant, je vis avec la pleine conscience que tout peut s’arrêter du jour au lendemain, et c’est assez difficile à accepter, d’autant plus qu’avec ce genre de maladie, ça peut aller très vite...

Du coup, face à cette dure réalité, j’ai des envies d’accomplissements, de voyage, de profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard, de carpe diem au sens propre et figuré du terme.

Steve Jobs, le fondateur d’Apple que j’admire beaucoup aurait résumé la situation et mon état d’esprit actuel ainsi :

« Votre temps est limité, alors ne le gaspillez pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre. Ne laissez pas le bruit des opinions des autres avoir le dessus sur votre voix intérieure. Et, le plus important, ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. Tout le reste est secondaire. »


© Pierre-François TRIBOULIN 2015